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André Arru : textes autobiographiques 2
Léautaud, mon ami
Article mis en ligne le 14 septembre 2009
dernière modification le 25 janvier 2013
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Si Léautaud vivait, après avoir lu ce titre, puis la signature, il en serait fort étonné et le trouverait peut-être abusif. Il aurait tort. De son vivant j’étais un inconnu de Léautaud et moi-même je le connaissais à peine. J’avais écouté une séance de ses entretiens à la radio qui ne m’avait pas particulièrement intéressé, d’autant moins que sa voix de vieillard se comprenait avec difficulté.

Quelques articles de journaux m’avaient éveillé l’attention sur l’homme dont la personnalité ainsi décrite le faisait apparaître original, un peu farfelu, d’un franc parler caustique. Par curiosité j’achetai un jour le tome I de son journal. Je ne trouvai pas grand intérêt à sa lecture à tel point que je restai deux ou trois ans sans m’intéresser aux autres volumes.

Puis l’occasion m’y poussant je me lançai dans le Tome II. Stupéfaction, j’étais conquis. Sans désemparer je lus jusqu’au dernier tome paru sans que mon intérêt s’affaiblisse. Je notais, discutais, soulignais, souriais aussi, revenais en arrière. J’avais hâte le soir ou dans la journée de me retrouver avec lui, penser avec lui, m’indigner avec lui, être content de lui ou hausser les épaules de commisération. Voilà comment Léautaud que j’ai ignoré en vie est devenu mon ami après sa mort. A ce jour, grâce à son Journal, j’ai vécu en quelques mois trente-cinq ans avec lui presque jour par jour. J’ai l’impression que je le connais comme je n’ai jamais connu personne d’autre.

Curieux homme tout de même, à l’aspect falot, à la vie d’employé sans aventure dont le souci constant est la nourriture de la cinquantaine de chats et chiens qu’il a en permanence chez lui.
Etrange écrivain qui a peu écrit mais qui a été constamment sollicité par des directeurs de revues, de journaux littéraires et de nombreux éditeurs. Donné comme probable pendant trois années de suite au Goncourt, ce n’est pas lui qui rend visite aux académiciens mais ces derniers qui viennent lui demander si enfin il va présenter quelque chose et lui assurent sa réussite, mais il répond à Jules Renard qui insistait pour qu’il publie : « ... seulement je ne veux pas publier des choses qui ne me plaisent pas... ce qui a paru sous le titre « Amours » Eh ! bien, vraiment, les cinq mille franc du prix ne valent pas le regret que j’aurais aujourd’hui si je l’avais publié. » C’était en 1908, il gagnait à cette époque cent cinquante francs par mois au Mercure !

Dans ce journal, c’est la découverte d’un Homme. Elle en vaut bien d’autres. Il n’est pas si facile lorsqu’on a du talent et qu’on est reconnu, de ne pas le vendre sans se vendre soi-même, de rester un homme simple, de refuser d’aliéner sa plume même pour un mot, de ne pas avoir peur des conséquences d’un refus.

Critique de théâtre, il n’apparaît au théâtre que pour voir les pièces qu’il va dépecer. Son honnêteté de critique l’a poussé au point de refuser d’être présenté à des auteurs pour être plus libre dans ses compte rendus. Sa plume est acérée, il en use, on peut même dire qu’il en abuse.

« Les canailles et les imbéciles sont innombrables, et c’est une grande tristesse à éprouver, que plus on vieillit, plus on s’aperçoit qu’ils sont nombreux. » (page 287, Tome III).


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