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Pétain doit-il rester en prison ?
Un article d’André Arru paru dans Le Libertaire n° 229 du 28 avril 1950.
Article mis en ligne le 19 novembre 2010
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L’explosion de bavardages journalistiques et radiophoniques provoquée par l’article du colonel Rémy, paru dans Carrefour, est pour nous assez amusante, car si nous ne pouvions dire ni le jour, ni le journal qui publierait ce ballon d’essai, il ne fallait pas être très perspicace pour le prévoir. Les tribunaux de la libération, si féroces pour les lampistes, en accordant à Pétain, chef des tueurs de Vichy, la vie dans une demeure confortable peuvent en être considérés comme les principaux responsables.

Farce sinistre, diront les découragés ? Même pas. C’est le jeu normal d’une solidarité de caste bien conçue ; c’est de la part des grands chefs, la volonté de rétablir l’autorité militaire sur sa base indispensable à un bon fonctionnement : « la discipline faisant la force des armées... ».

Pendant cette dernière guerre s’était produit un fait nouveau brisant avec la vieille tradition des culottes de peau. Deux chefs militaires s’étaient dressés l’un contre l’autre, tous deux au nom de la France et de son honneur, tous deux pour la sauver. Mais leurs troupes se recrutaient au sein de la même nation et le Maréchal comme le Général s’ingénièrent à faire déserter les soldats de l’autre. Jeu dangereux qui consistait à dire au futur sacrifié « N’obéis pas à tout le monde », « Réfléchis », « Choisis ! ». D’autant plus dangereux que la France a besoin d’hommes là-bas en Indochine et il ne faudrait tout de même pas qu’ils se mettent à réfléchir...

Ainsi ce Pétain, chef des tueurs de Vichy, mais aussi Maréchal de France, vainqueur officiel de la boucherie de 14-18, le plus haut représentant pendant trente-cinq ans de la caste militaire, emprisonné, est bien gênant. Il reste l’exemple vivant de cette période d’indiscipline et sa détention prouve à ceux qui lui ont désobéi qu’il est bon quelquefois de répondre à autre chose que « Maréchal, nous voilà », aux ordres des grands chefs.

Mais si l’on arrivait à prouver que Pétain et de Gaulle ont tous deux sauvé la France, ont été tous deux des grands Français, et qu’ils étaient d’accord, tout irait beaucoup mieux. On prouverait ainsi aux petites gens qu’ils ne sont que des pions sur l’échiquier militaire et qu’ils ne peuvent rien comprendre à la géniale stratégie de leurs grands militaires. Pétain serait réhabilité et à la faveur de cette réhabilitation les amiraux, les généraux et colonels qualifiés d’indignes – par nécessité momentanée – seraient réintégrés aux postes qu’ils occupaient auparavant. La Grande Famille serait de nouveau au complet, les grands principes remis en honneur et la caste militaire en pleine puissance pourrait songer sans arrière-pensée ni sans serrement de fesses aux casse-pipes de demain.

La comédie sera-t-elle jouée jusqu’au bout ? Pourquoi pas ? D’autres seigneurs, ceux de l’Église ont bien joué sur les deux tableaux, prouvé leur « bonne foi » et gagné ainsi sur les deux mises. Qui donc y trouve à redire ? La Croix, journal vichyste et grand admirateur de Pétain n’est-il pas cité quotidiennement à la radio de la IVème république ?

Est-ce à dire que les anarchistes seraient partisans de maintenir Pétain en prison ? Peu nous importe. Il ne nous aurait pas été désagréable que Pétain, le responsable des milliers d’assassinés pour l’exemple de 14-18, le Chef, la couverture, l’excuse de tous les tueurs des gestapos française et allemande de 40-45, connaisse la vraie prison, celle des cellules de deux mètres sur trois où l’on entasse huit hommes, celles des punaises, des rats, des cafards, de la faim, de la crasse, de la puanteur, de l’ennui, de la peur... et nous en passons.

Mais à cette satisfaction très superficielle, nous préférerions que le peuple joue son rôle et s’élance uni à l’attaque de ces castes militaires, financières et politiques qui ne cessent de le gruger que pour mieux l’étrangler ; que le peuple travaille enfin à son compte et qu’il refuse de se sacrifier à la gloire d’un Pétain, d’un de Gaulle, d’un Staline.

Comédie disions-nous, l’affaire Pétain ? Oui, et nous sommes certains que seul, le Peuple, est susceptible d’interrompre le spectacle.

A. ARRU


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