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Dans notre monde social...
Article mis en ligne le 15 août 2013

par SKS
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Dans notre monde social, les couches qui le composent sont divisées en classes. Je ne suis jamais arrivé à me classer dans l’une ou l’autre. Je fais partie des individualistes, mais ne me suis reconnu comme tel qu’à partir de la lecture de « L’Unique et sa Propriété » de Stirner. Je devais avoir vingt-cinq ou vingt-six ans. Une découverte extraordinaire alors, j’aurai l’occasion d’en reparler.

Mais cet individualisme qui me caractérise et que j’ai cultivé depuis que j’en suis conscient, je le dois, cela ne fait pas de doute, aux grands-parents qui m’ont élevé. Eux aussi étaient inclassables. Leur caractéristique étant la volonté d’indépendance, en s’isolant des catégories sociales jusques et y compris de la famille. Ma grand-mère maternelle avait divorcé de son premier mari, le père de ma mère, lorsque cette dernière avait quelques années. Il était mort peu d’années après le divorce, jeune donc, je n’en ai jamais su beaucoup plus. Mais ces choses-là se passant à la fin du siècle dernier, il faut reconnaître à mon aïeule une forte personnalité, c’était elle qui avait demandé le divorce. Son deuxième mari, celui qui a élevé ma mère puis moi, a donc été, de fait, notre père et grand-père. Cette fois, ma grand-mère ne s’était pas trompée, elle avait choisi l’homme qu’il lui fallait : travailleur, sobre en tout, ne fumant pas, fidèle. Il est mort en 1937, elle s’est suicidée en 1942. Autant de leçons pour moi, je m’explique : percluse de rhumatismes depuis longtemps, elle avait toujours affirmé qu’elle se suiciderait au gaz lorsqu’elle ne pourrait plus se suffire à elle-même. Ce qu’elle fit.

Lorsque mes grands-parents se sont connus, elle était « lisseuse » et lui vannier. On dirait aujourd’hui des artisans. Il serait plus juste de les situer comme des ouvriers à leur compte. Ma grand-mère avait déjà à sa charge sa mère – qui mourut à 84 ans, j’en avais alors 13 – et sa fille. Mon grand-père était né à Andilly, près de Marans dans la Charente Inférieure (aujourd’hui Maritime). La vie n’était pas drôle, il fallait trimer dur pour joindre les deux bouts et ce couple-là n’a jamais emprunté un sou, ni une casserole, ni une poignée de sel. Renfermés sur eux-mêmes, ils s’isolaient, n’avaient de contact ni avec la famille, ni avec des amis. Et puis un jour mon grand-père se mit à tousser, de plus en plus. Cela devint tellement inquiétant que l’on consulta le médecin qui fut formel : cesser le plus tôt possible le métier de vannier, la poussière de l’osier brut lui étant néfaste. Il fallut que ce fut impératif pour que l’ordonnance soit suivie.


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