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(Ce titre n’est pas d’André Arru mais de la rédaction)
Article mis en ligne le 15 août 2013

par SKS
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Il faut dire que cette décision de partir existait depuis longtemps. A dix ans déjà je faisais mon baluchon, mais où aller ? Je fus vite dissuadé.

Mais à chaque dispute revenait cette envie ; chaque fois, en effet, ma grand-mère me reprochait d’avoir à m’élever en lieu et place de ma mère. Je répondais que je n’y étais pour rien. Ses reproches me révoltaient, c’était injuste, ce n’était pas moi qui avais choisi d’être là ou ailleurs. Pourquoi m’avaient-ils pris ? « Parce que ta mère devait te reprendre, elle ne donne plus signe de vie depuis que nous le lui avons demandé » me répondait-on. Sans oublier d’autres considérations sur la vie que devait mener ma mère ! Mon grand-père était beaucoup plus discret, mais ma grand-mère parlait au nom du couple, lui se taisait. Elle était coléreuse, rageuse, avait la main leste et les paroles blessantes. Je répliquais. Nos caractères qui se ressemblaient, s’affrontaient. Cela n’arrangeait rien.

Jusqu’à ce que je parte, cette vie de disputes, de reproches suivis de réconciliations se poursuivit, mais les réconciliations furent de plus en plus rares, et les reproches de plus en plus nombreux. J’étais nul à l’école. C’était vrai. Était-ce ma faute ? Pour ma grand-mère aidée par mes professeurs, sans aucun doute. Je pensais davantage il est vrai à m’amuser, me dépenser physiquement, qu’à étudier. D’autant plus que lorsque j’avais besoin d’une aide je ne pouvais la trouver chez moi. A douze ans je décidai que je voulais travailler. J’avais reçu deux blâmes au lycée pour indiscipline. Il en fallait trois pour être renvoyé. Je menaçais mes grands-parents de provoquer le troisième si on m’y remettait. Je voulais travailler, gagner ma vie, rapporter de l’argent pour ne plus entendre que je coûtais cher. J’obtins gain de cause, mais on me trompa. Il ne fallait pas que je sois un ouvrier, ma mère avait écrit un jour que si je devenais un ouvrier elle ne me connaîtrait plus ! Mes grands-parents pensaient eux que ce n’était pas une situation. Alors, de connivence avec un patron d’une petite entreprise de chaussures, on me fit passer une sorte d’examen. Je ne savais rien faire : ni une lettre, ni une facture, ni même des opérations justes ! Il fallait que j’apprenne tout cela. En un an je pouvais tout apprendre. A mon tour on me convainquit. On me fit entrer chez Jamet-Buffereau. J’apprendrais le français, la comptabilité, la sténodactylo.


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